Album 1987
Où veux tu que j'regarde Album Noir Désir 1987

Album 1989
Veuillez rendre l'âme - Album Noir Désir 1989

Album 1991
Du ciment sous les plaines, album sorti en 1991

Album 1993
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Album 1994
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Album 1996
666667 Club, album sorti en 1996

Album 1998
One Trip One Noise, album de remix sorti en 1998

Album 2000
En route pour la joie, album de compilation et de titres inédits sorti en 2000

Album 2001
Des visages, des figures, album sorti en 2001

Album 2002
Nous n'avons fait que fuir, Titre live expérimental de 55mn sorti en 2002

Album 2005
Noir Désir en public, Album live sorti en 2005

Album 2011
Soyons désinvoltes, n'ayons l'air de rien, Album compilation et bonus sorti en 2011


Nous n'avons fait que fuir (2002)

Nous n'avons fait que fuir est un disque de Noir Désir dont l'enregistrement a été réalisé en direct par Bob Coke puis mixé en 2003 par Jean Lamoot aux studios Ferber. Il s'agit d'un long titre unique et expérimental enregistré le 21 juillet 2002 dans le cloître du couvent des Ursulines de Montpellier faisant suite à l'invitation de la radio France Culture qui leur donne carte blanche pour cette prestation.

Le texte écrit par Bertrand Cantat sous forme de livret de 64 pages et le disque de 55 minutes ont été publiés ensemble dans la collection Minimales par les éditions Verticales le 7 Mai 2004.

album Achat du livre + 1 CD

  • ISBN 2-84335-168-5
  • Livret 64 pages
  • Disque audio 55 minutes
  • Prix : 12.00 euros

Paroles de la chanson Nous n'avons fait que fuir, un poème écrit par Bertrand Cantat

J'ai connu des rideaux de pluie à draper des cités souveraines et ultimes. Des cerceaux déchirés couronnant les chapelles de la désespérance.

Et tourne l'onde, et tourne l'onde et tourne l'onde et tourne et reviens-moi au centuple.

Reste / accroche / rêche, me caresse, me saoule et me saborde. Dérape / s'enroule / poulie de malheur / pourrie / chaleur, me devient familier le chant des automates.

On est plombé, mon frère, des oripeaux de plomb, j'te dis, de la tonne superflue / carcan / jour et nuit / carcan / fossoyeur / carcan / tout sourire aux dents vertes et nous consommerons, cramés par des soleils de pilules d'apparat, cernés par le fatras trop habile et tu ne pourras ployer, personne ne verra rien.

Et puis des anciens charmes qui te remontent enfin du dernier des je t'aime. J'aperçois des caboches saturées de limaille qui replongent leurs yeux au coeur de l'horizon. Et des possibles errances à la poitrine fière mais toujours en douceur.

On a l'art du ruisseau On a l'art de la plaine On a l'art des sommets On a l'art des centaines de millions de combattants de la petite vie qui se cognent aux parois

On a l'art de faire exploser les parois On a l'art des constellations On a l'art des chairs brutes

On a l'art de l'abîme On a l'art du fracas On a l'art de la pente douce Et on a l'art du silence

Dis-moi est-ce que je peux Entourer de ma peau ton joyau de platine Je l'ai vu qui palpite Sur le bord du chemin

C'est vrai, c'est pourtant vrai C'est vrai, c'est pourtant vrai C'est vrai, c'est pourtant vrai

Le cadeau est immense, même la pierre a bondi, elle peut se mesurer aux planètes, à la Voûte. Elle peut donner des cours d'une autre architecture aux " buildings ".

"Tu l'as vu mon éclat il est dû au hasard enfin on dit comme ça, ma forme était connue depuis la nuit des temps, je parle de maintenant d'ici et de maintenant. Allez salut cousin bonjour à tes nuages!"

Un cortège se met en route, une kyrielle d'assassins, tous insectes de proie. Ils marchent, ils avancent, ils signent du bout des lèvres leur projet pour le siècle qu'on lit les yeux crevés.

Alerte! Tous aux abris, aux caves ventres chauds qui te protégeront, retourne chez ta mère... Ta mère, ta mère était blonde, blonde comme les blés, elle laissait s'écoulait des trésors de chaleur de la chair de sa voix. A moins qu'elle n'ait été demi-princesse indienne, te faisant boire la nuit des breuvages cuivrés comme une peau d'iguane.

Approche tes lèvres approche! Approche tes lèvres approche!

Plonge, redis-moi d'où tu viens, s'écoule au fond des puits le remède ancestral. Ou l'on n'existe pas ou l'on peut tout saisir dans le feu d'un éclair, dans le demi clin d'oeil, claque ton étendard au vent, chuuut / on le garde au secret.

Avale ta langue, maint'nant, on te saisira tout, huissier, corbeau, vautour, charognard, tour de vis, identité / Police

Ô le milliard de pétales de roses blanches disposés délicats, sous nos petits pas monstres...

Et me nage, plus m'énerve, me suis couché, m'étend, l'onde parcourt mon flanc, la marche du serpent peut reprendre ses droits...

Alerte rouge, alerte! Alerte rouge! Et pourquoi rouge d'ailleurs, a-t-on jamais vu des alertes bleu-ciel, et nous crétins célestes, enveloppés dans le cosmos, à flotter dans l'ether, peinards, troués d'azur... Et merde!

Avions fusées en chasse, ça pouvait pas durer, zèbres acier sans savane aux sanglantes parures striant la toile et cravachant silence.

En bas, le sol crevé offrant sa panse intime à la morsure du ciel.

Alerte!

Paraît qu'on est des anges au paradis des octaves, qu'on peut gravir facile, c'est question d'entraînement, c'est pas pour les potiches, sale petite peste, pudding, coeur bouilli, sauce anglaise à la menthe, il faudra qu'on t'enseigne l'esquive frontale, une muleta blême qui se rêve immobile!

Keskya tu dis rien? Tu as perdu ta langue?

Alors ces anges-là, alors ces angelots, de la muerte câline se désolidarisent, sont engins du désastre, harnachés corps et âme, sur leurs armures brillantes on peut voir le reflet de nos pauvres carcasses aux regards qui s'affaissent.

OK d'acc / pas d'pitié / j'ai pas / tu sais / pourquoi souviens / tu / moi aussi / j'aurais / on n'y peut / mais bien sûr / j'y vais / d'accord / donc / rassemble- moi / puzzle / débris d'éclaboussures / sole mio / raclure!

On a droit au repos à la fin oui ou non? Tu perds ta langue enfin? Tu as perdu ta langue?

Je connais des collines qui s'imaginent reines, règnent sur l'opéra des orages féminins, et tu peux doucement poser ta tête nue sur leurs courbes de pain de joie et de misère.

C'est morsure de poussière mais poussière accueillante. Des tissus élastiques, de la chair de printemps, un carroussel vibrant sur un axe impétueux.

S'étourdir / le sang mélangé S'étourdir / au son des astres morts S'étourdir / le sang mélangé S'étourdir

Prenez-nous pour des cons Prenez-nous pour des chiens Continuez Ne vous gênez pas Vos crachats ça nous fait des coquilles de cristal Il suffit d'empoigner la crinière de l'étoile.

Moi aussi j'adorais les courses de bagnoles américaines à la télévision, et puis les cris stridents des pneus chauffés à blanc, tôle froissée sur l'asphalte, et tous au cimetière de la calandre acier. Ca levait pas c'est sûr des armées de révolutionnaires, ça t'optimise en toc, c'est bien et c'est pas cher.

Nous réclamons, morfals, notre dose abrutie, maint'nant je suis lofteur, ou lofteux, loqueteux c'est selon, c'est pas grave, ça pass'ra, c'est qu'on a le fondement à la taille XXL.

Tentons d'organiser les litanies infimes C'est pour me dire à moi que je suis son absent Que j'appartiens déjà à l'autre rive intime Que pour ça je respire plus profondément

C'est que le monde passe vite, deux trois dimanches en pleine lumière et des enfants qui courent.

Les vieux claquent leurs dents sur des vitraux sans dieux.

L'apéritif n'en finit pas de raconter sa vie Et la vie est passée Et la vie est derrière La vie était partout et la vie est nulle part.

Il y a que tout ou presque se passe au bord de l'ombre, à demi-mots perdus, au carrefour des mystères, confluent souterrain.

Nous n'avons fait que fuir Nous cogner dans les angles!

Entre les lampadaires A des années-lumières Du salut éternel

Salut comment vas-tu? Moi ça va, toi ça va? C'est très bien, c'est très bien

On a presque compris les murs sont familiers

Tu perds ta langue enfin? Tu as perdu ta langue?

Pauvre sac d'os et d'excrément, tu te pavanes de l'aube au crépuscule et ce n'est pas danser et ce n'est pas esquisser un pas, ce n'est pas fouetter l'air d'un geste détaché, ce n'est pas l'élégance loin s'en faut, des lignes si fuyantes qu'on les croyait sans fin quasi-inexistantes. C'est marteler encore et toujours la terre, l'enfoncer sous ses pas, se la coller la glaise sous les semelles de plomb.

On me fait signe dans un autre hémisphère, syndrome chinois / fulgurance, transperce le noyau de feu et de magma.

On m'appelle sous d'autre latitudes où des fleurs de cactus, où de grands magnolias, où des palétuviers disputent aux bétonneuses les royaumes ordinaires.

Keskya tu dis rien? Tu as perdu ta langue?

Et c'est au ralenti que le défilé coule et se répand aux quatre coins de l'écran. C'est entre parenthèses, dans un temps qui n'existe pas.

Les horloges se sont mises en grève, en ordre de bataille, de combat immobile. Présentez, petite aiguille! Grande aiguille repos!

Et comment tu leur parles toi, aux montres à quartz? Il faudra l'inventer le médiateur final, foutez-moi tout ça au gnouf, et puis à la décharge, concassez-moi ces breloques et c'est comme chez Lip, tout ça ma bonne dame au rouleau compresseur!

T'as bien raison de venir du fond du grand bocal, des régions qu'ils appellent bassins industriels, les mêmes que sur le chemin des guerres, à l'aller, au retour, y'en aura pour tout le monde et t'auras du boulot, jusqu'à c'qu'y en ait plus, faut pas rêver et oh!?

Tiens-toi bien à ta barre, l'horizon c'est des conneries inventées par les utopistes si tu veux la porte elle est là, des millions de gueules grandes ouvertes qui ont plus faim que toi, mais qui sont pas plus forts que toi, car si tu collabores, car si tu persévères, nous te protègeront de notre bras armé.

Nous, on aurait voulu qu'on nous parle gentiment, pas qu'on nous mente, hein?! Juste qu'on nous parle gentiment, pour changer des marteaux, pour changer des enclumes...

Et bien sûr ça recommence, on s'est fait marteler, on s'est fait enclumer!

Faudrait qu'on prenne la tangente alors, la diagonale et zou! 64 cases, 8 fois 8, l'infini, renouvelé toujours, survolé grand format, on se prend à y croire à ces combinaisons des infinis possibles.

Nous n'avons fait que fuir Nous cogner dans les angles

Maintenant qu'on envisage la voûte céleste et le goût des cerises à défaut de leur temps encore qu'il ne faut pas, qu'il ne faudra jamais se départir de ça, de ce miel, de ce vent de la fin de l'été, et des grands peupliers si doucement courbés, les hautes herbes toutes inclinées sous l'évidence tiède mais pas soumises ah non! Verticales dans l'âme, seulement reconnaissantes pour le présent offert, pour la caresse fauve et les jeunes filles, alors, sont les soeurs des rubans, on les dirait flottantes sur une mer de silence.

Et la ville endormie rêve de barricades Allez on n'oublie rien!

Mais dans le cercle alors on pourrait s'immoler sur des cîmes vertiges, pas pour tourner en rond comme on le croit parfois, non! Pour créer des spirales, des colonnes aspirantes, et je tiens mon pégase, je ne le lâche pas, je l'ai monté à cru, il est aussi sauvage que je suis devenu après avoir appris l'alphabet pourrissant des grands calculateurs à hauteur d'escabeau, à ras des certitudes établies à quoi bon?

Chérie, je suis devenu rationnel! Le jour d'après cynique et je ne sens plus rien, à présent tout me glisse dessus, me coule à l'extérieur je sais me débrouiller avec le brouhaha, avec le bruit des masses.

Je suis intoxiqué volontaire Suradapté chronique, prenez-moi comme exemple, comme jeune premier, comme mannequin vedette, je sais me mettre en scène, je sais me " défiler "

L'ai-je bien descendu? Les ai-je bien descendues les marches du palais d'Empereurs Communicants ( de charmants chimpanzés aux mimiques de bronze et aux sourires d'ivoire )

Je suis donc un apôtre de la modernité. Et la table est dressée nous sommes tous autour. Le chef n'est pas là il a été retenu mais... J'ai la croix Elle est belle La couronne Elle est belle La multiplication Elle est efficace La climatisation Elle est nécessaire

Une minute! Je sens les eaux qui montent et les troupes en chemin, à travers champs et villages ils font chialer les bustes et les portraits d'ancêtres.

Socle / statues déplacées Soc / charrues blessent la terre Eclatent les écorces au coin des cheminées

Du coup, c'est après mûre et soutenue réflexion que nous avons voulu prendre de la distance avec la peine perdue celle de chaque jour qui se suffisait bien, que nous avons fini de labourer nos chairs, d'attendre en bons amants et patientes maîtresses qu'on nous visite enfin, qu'on nous foudroie d'amour.

Il fallait une flèche autrement décochée, une qui se planterait comme on plantait les griffes dans les poitrails reliés au grand poteau et ça tourne sans fin c'est la danse du soleil.

Dieu est mort Nietzsche est mort! Désanchanté le monde!

Prend ma main camarade, j'aurai besoin de toi Et les tueurs de merveilleux courent toujours Arrêtez-les! Arrêtez-les!

On voudrait discuter, il nous manque un relais, un maillon de la chaîne, ou une catapulte...

Invention, invention! On invente un trésor, et pas un dépotoir, encore que dans l'ordure poussent des fleurs sacrées...

Et tout ça c'est parure, c'est attitude vaine, c'est pose et compagnie; on le sait qu'il suffit qu'un rayon de soleil se plante au bon endroit, sur ce balcon foutoir pour que le chant s'élève.

Et tu n'y pourras rien, et je n'y pourrai rien, si tu l'as oublié, tu as tout oublié, et tu peux te baigner dans des baignoires d'or / tu peux te rouler dans la luxure encore, tu peux te pétrir le menbre Impérator et l'intellect, car je sais que tu sais que tu sais que tu sais que tu sais que tu sais que je sais, mais tu seras toujours pauvre, dépenaillé, minable / et creux, caracoleur, caricature, épouvantail, ne fais peur qu'aux moineaux, je t'aime bien c'est pas ça, je fais plus que t'aimer, allez, je suis fait de même bois de sang, de la même écriture, nous sommes entre nous.

Nous n'avons fait que fuir Nous cognez dans les angles Nous n'avons fait que fuir Et sur la longue route Des chiens resplendissant Deviennent nos alliés

Le mot de l'éditeur

J’ai eu le privilège de lire Nous n’avons fait que fuir une heure avant le concert organisé en juillet 2002 à l’initiative de Bernard Comment et de France Culture, un concert unique et exceptionnel pour le groupe Noir Désir : un seul morceau de 55 minutes, dont la partie chantée était un long poème de Bertrand Cantat d’une vingtaine de feuillets serrés. L’immense succès de leur disque sorti en septembre 2001 - bien qu’annoncé comme un album risqué - les conforta dans l’idée de prendre plus de risques artistiques encore. Laboratoire permanent, le groupe trouvait dans la proposition de France Culture l’opportunité d’innover, d’explorer d’autres voies musicales tout en y gagnant une plus grande liberté de création. Ce qu’ils firent. L’écriture avança dans le même temps que les thèmes musicaux s’élaboraient, Bertrand acceptant ou rejetant certaines ambiances musicales, proposant, selon les moments de son poème, un climat ou une ligne mélodique tout en mettant à profit a moindre pause pour travailler son texte, le rythmer, le ponctuer. Sur scène, le soir du concert, chacun des musiciens du groupe, imprégné des mots de leur chanteur, joua pour la première fois sans filage, à l’instinct, en mêlant leurs improvisations à un savoir musical acquis ensemble depuis des années, et ce fut un moment magnifique dans le cloître du couvent des Ursulines à Montpellier.

Dès ma première lecture de Nous n’avons fait que fuir, je retrouve le rythme, les fulgurances et la force des images poétiques qui sont la marque de l’auteur des chansons de Noir Désir : « des tissus élastiques, de la chair de printemps, un carrousel vibrant sur un axe impétueux » « en bas, le sol crevé offre sa panse intime à la morsure du ciel. » « ils marchent ils avancent ils signent du bout des lèvres leur projet pour le siècle qu’on lit les yeux crevés » ; des images belles comme la rencontre fortuite sur une table à dissection d’une machine à coudre et d’un parapluie. Car Bertrand Cantat est un poète, un lecteur attentif à la poésie vivante comme à toutes formes d’écritures nouvelles. Je garde en mémoire une longue conversation que nous eûmes à propos de Lautréamont auquel nous vouons, lui et moi, la même admiration et aussi des grands classiques de la poésie arabo-persane, tels que Al Maari, Omar Khayyam ou d’Abu Nuwas dont la liberté d’expression et l’audace des thèmes nous semblaient désormais impossibles. Dans Nous n’avons fait que fuir, parce que la poétique implique une politique et réciproquement, Bertrand Cantat nous parle de nous, nous qui avons perdu notre langue, nous qui ployons devant nos « empereurs communicants (de charmants chimpanzés aux mimiques de bronze et aux sourires d’ivoire) », nous les « intoxiqués volontaires » qui nous soumettons au conditionnement esthétique ; Mais Bertrand Cantat parle de nous aussi qui planifions, démantelons, délocalisons, nous les « apôtres de la modernité » nous, les « sur-adaptés chroniques » qui assujetisssons les autres à notre pouvoir. Bertrand Cantat parle de nous encore, nous qui ne cédons pas à ce formatage généralisé, nous qui ne capitulons pas, nous qui résistons en rêvant à d’autres mondes possibles tandis que « sur la longue route des chiens resplendissants deviennent nos alliés. »

Toute la part de nos fragiles utopies est là, exprimée dans les mots de Bertrand Cantat : « Nous, on aurait voulu qu’on nous parle gentiment, pas qu’on nous mente (...) pour changer des marteaux, pour changer des enclumes ».

Ultime hommage, enfin, à Léo Ferré, l’un des ses maîtres :

« Et la ville endormie rêve de barricades. Allez on n’oublie rien ! »

Bernard Wallet

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